Ces moments-là

Ces moments où tout va mal.

Ces moments où la Terre ne tourne plus rond.

Ces moments où on aimerait s’enfuir et ne jamais revenir en arrière.

Ces moments de peur intense qui nous ronge le bide plus douloureusement qu’un milliard d’asticots grouillants.

Ces moments où on se dit que le monde se porterait mieux si on n’était plus là.

Ces moments où on se sent comme une pauvre merde.

Ces moments où on se dit que ce serait mieux pour tout le monde de disparaître.

Ces moments où on ressasse les mêmes pensées suicidaires que la fois d’avant, et celle d’encore avant, et toutes les autres.

Ces moments où on aimerait ne plus être capable de ressentir quoi que ce soit, pour ne plus souffrir.

Ces moments où la vie semble n’être qu’un long tunnel sombre et tranchant comme une lame de rasoir.

Ces moments où on aimerait tout arrêter et rester figé-e-s dans un coin pour toujours.

Ces moments où on a honte d’imposer « ça » à ses proches.

Ces moments où le cerveau semble anesthésié par la peur et la douleur.

Ces moments où on a envie de tout laisser tomber.

Ces moments où une ombre noire terrifiante et suffocante nous coupe de la réalité.

Ces moments-là.

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Les images proviennent de l’anime Fullmetal Alchemist Brotherhood

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Cachez ce QI que je ne saurais voir !

Je l’ai déjà écrit sur ce blog: je ne suis pas une Social Justice Warrior (SJW), et je ne participe pas au milieu militant égalitariste.

Cela me chagrine, car j’aurais envie de participer, mais l’atmosphère de ce type d’associations est telle que je ne m’y sens tout simplement pas à ma place.
Trop blanche, trop française, trop riche (oui car je vis dans un logement privé et pas dans un HLM: quelle bourgeoise !!!!!), trop diplômée, trop hétérosexuelle, trop cisgenre…Trop « dominante » paraît-il. Cela pourrait porter à sourire si ce type de rhétorique n’était pas elle même discriminante et ne faisait pas fuir autant de militants potentiels pourtant motivés….
Mais je m’égare.

Toujours est-il qu’aujourd’hui encore, un énième exemple de discrimination de la part d’une auteure SJW m’a confortée dans ma décision…tout en me donnant envie de réagir, malgré tout. Parce que ça commence à bien faire, d’être dénigré-e-s sous prétexte qu’on est « avantagé-e-s », alors que ce soit-disant avantage n’en est pas un.

Aujourd’hui, donc, je suis tombée sur les planches d’une auteure de BD qui explique qu’elle est allée présenter des ateliers dans des écoles.

Jusque là, rien de très grave, sauf qu’elle a l’opportunité d’intervenir dans 2 écoles assez différentes:

  • une école publique de ZEP, donc avec un échantillonnage d’élèves principalement neurotypiques et issus de la classe moyenne
  • et une école privée étiquetée « pour surdoué-e-s« , donc avec une population d’élèves à haut QI (test obligatoire à l’inscription) issus d’un milieu plus riche (aux vues des frais de scolarité exorbitants)

Il y aurait certes eu des choses très intéressantes à dire sur cette opposition.
Par exemple, l’auteure aurait pu dénoncer le fait que des frais de scolarité trop élevés pouvaient être un frein à une scolarisation adaptée pour les enfants à haut QI issus de milieux plus modestes.
Il aurait aussi été intéressant de se pencher sur les motivations des parents à dépenser des sommes aussi astronomiques pour l’instruction de leur enfant zèbre: pensent-ils leur offrir de meilleures chances pour l’avenir ? S’agit-il d’une décision basée sur leur ego ? L’école en question offre-t-elle vraiment un meilleur enseignement ?
Elle aurait pu se poser la question d’un tel montant (600 Euros par mois !), d’autant qu’elle écrit avoir été témoin de violences verbales et de harcèlement envers les enfants de la part des professeurs.
Elle aurait pu poser la question centrale du sous-diagnostic du haut QI dans les milieux modestes et dans les populations immigrées, en raison des frais de diagnostic parfois très élevés et de la difficulté à passer un bilan dans une autre langue que le Français.

Mais non.
Au lieu de ça, elle a préféré taper sur les surdoué-e-s, en dévalorisant et en reniant cette particularité neurobiologique dans son comic strip.

Le surdon, une vraie différence ?
Bien sûr que non, puisque chaque case de la BD a pour but de prouver qu’un enfant zèbre et un enfant neurotypique, c’est sensiblement le même enfant.
L’ennui, l’hypo-stimulation intellectuelle, les troubles du comportement dont souffrent de nombreux enfants précoces, le décrochage scolaire fréquent et le harcèlement de la part des autres élèves, tout cela n’apparaît à aucun moment. Puisque ces enfants souhaitent tous lire « Spirou« , dessiner des zombies et poser des questions, ils sont identiques. Point.

Aucune donnée neurologique, aucun discours de professeur d’université,  aucun papier de recherche en neurobiologie, aucune source fiable, aucun résultat de recherche basée sur des faits, aucune publication scientifique. Rien n’est cité qui puisse mettre en doute le verdict de l’auteure: le surdon n’existe pas.

Pire encore: il s’agirait d’un mensonge inventé par des parents riches, blancs et français.
En effet, l’auteure ne se gêne pas pour tirer des liens de causalité directe entre la couleur de peau des enfants et leur inscription dans une école pour HQI. Bien évidemment, il ne saurait s’agir d’une conclusion raciste, puisque les victimes de ce préjugés sont non seulement blanches (donc « dominantes ») mais aussi avantagées par leur surdon (on y reviendra). Encore un très bel exemple d’égalitarisme à deux vitesses, où le but n’est pas de permettre à tous de vivre en harmonie, mais de taper sur les méchants mâles-cis-hétéro-blancs-français, tous censés être des oppresseurs…Qui a dit « discrimination » ?…
Toujours est-il que vous ne verrez pas la couleur (ah.ah.) d’une vraie explication sociologique, par exemple basée sur la discrimination professionnelle dont sont encore victimes trop de personnes racisées: discrimination à l’embauche, difficulté à évoluer dans sa carrière…Ces bâtons dans les roues des personnes racisées peuvent amener à de gros écarts de salaire en comparaison avec des personnes blanches au même poste, expliquant ainsi ces grandes différences dans le diagnostic, la prise en charge et l’accompagnement scolaire du surdon entre population blanche et population racisée.
Ce serait donc le racisme et la xénophobie qui expliquerait ces disparités.
On notera aussi au passage que le sujet du sexisme dans la prise en charge du surdon n’est même pas évoqué, alors même que la BDiste reconnaît avoir vu moins de filles que de garçons dans l’école privée…Des spécialistes du haut QI ont pourtant déjà remarqué que les filles surdouées étaient largement sous-diagnostiquées par rapport aux garçons, alors qu’elles souffrent autant de « complications », mais apparemment cela n’est pas un motif d’émoi pour l’auteure…

De toute façon, les vraies inégalités, on s’en fiche. Il n’y en a pas. Le but de cette BD est simplement de dénigrer les zèbres.

Puisque les élèves de l’école pour privée pour HQI sont majoritairement blancs, issus de milieux riches et portent des prénoms très originaux (car oui, la dessinatrice va jusqu’à faire de la discrimination sur les prénoms !), cela suffit à prouver que la douance serait un fantasme de parent bourgeois. D’ailleurs, l’école en question est située en face d’un établissement secondaire réputé, affichant de très bons taux de réussite aux examens. Ce qui est LE MAL.

Car oui, en 2017, vouloir payer de bonnes études à ses enfants quand on en a les moyens, parce qu’on veut qu’ils puissent continuer vers l’université s’ils le souhaitent, c’est être un monstre. Pour être un bon parent conforme aux idéaux des Social Justice Warriors, il faudrait mettre son enfant dans un collège de ZEP non sécurisé, fréquenté par des consommateurs de coke, pour qu’ils apprennent l’école de la vie à coups de harcèlement, de violences, et avec une moyenne générale de 4/20 pour cause de manque de personnel enseignant. C’est ça, l’égalité, apparemment…

On notera au passage d’ailleurs le non-sens complet de la BD: le collège-lycée-prépa soit disant élitiste est un établissement…public. Autrement dit, même un élève qui ne serait pas issu de l’école pour HQI d’en face pourrait s’y inscrire, à condition d’avoir de bons résultats scolaires. Mais il semblerait que ce ne soit pas encore suffisant, aux yeux de la dessinatrice…

Ne me méprenez pas: il y aurait un vrai débat à ouvrir ici sur les inégalités de chance entre les élèves d’école privée hors de prix et ceux de ZEP, ou plus prosaïquement d’école publique classique. Et ce débat devrait être abordé une bonne fois pour toutes par le gouvernement.
Ici, ce qui me met en colère, ce n’est pas que l’auteure mette en évidence des inégalités; mais qu’elle les interprète de manière faussée et discriminante: surdoué = école de bourgeois friqués = moyenne excellente = hautes études = adulte riche et avantagé-e

Encore un exemple flagrant (et désespérant) de jalousie neurotypique envers les zèbres.

Dans l’imaginaire collectif, la douance  est encore malheureusement perçue comme une « chance » qui suscite l’envie: nous serions plus intelligent-e-s, les études seraient soit disant plus faciles pour nous, nous aurions paraît-il de meilleures chances d’intégrer des cursus socio-professionnels avantageux…
Et malgré le fait que des études sociologiques aient prouvé le contraire, malgré le fait que les surdoué-e-s soient en réalité souvent discriminés dans le milieu professionnel, ces idées reçues ont la vie dure.

Autant dire que cette spécificité neurobiologique passe encore plus mal dans les milieux égalitaristes « durs », pour lesquels il ne saurait exister de différences notoires en matières d’intelligence et d’empathie…du moins, si ces différences sont perçues comme des chances.
Le handicap intellectuel, les retards de développement, les maladies psychiatriques, ne semblent pas leur poser de problème. Mais le surdon, avec sa connotation positive, n’est pas bien accueilli. Difficile pour ces puristes d’accepter qu’avoir un QI plus élevé, avoir une empathie plus développée, avoir une intelligence qui permet de traiter plus rapidement l’information, puisse être un désavantage.
Il leur est plus facile de jouer l’autruche en niant l’existence du haut QI, ou en le balayant directement dans la corbeille des « chances réservées aux dominants » !

D’ailleurs, j’ai noté dans la BD en question une petite pique assassine et psychophobe, qui illustre bien le propos:

Ils font de la sophrologie, de la peinture et de la musique.
La prof avec un sourire: C’est pas donné à tout le monde d’être angoissé !

L’angoisse des zèbres ? Un mensonge de fils de riche, voyons !
Comment pourrait-on souffrir d’anxiété quand on est aussi avantagé-e-s par la vie ?!
Bien sûr, ne cherchez pas la moindre source sérieuse sur l’angoisse liée à la recherche de performance, sur la comorbidité entre haut QI et troubles anxieux, sur le harcèlement scolaire des surdoués, sur le lien entre hyperémotivité et risque suicidaire
Tout cela n’est, encore une fois, qu’une légende aux yeux de la BDiste. Être surdoué-e-s est un mensonge, et même si c’était vrai, ce serait une chance. Point.

En tant qu’adulte HQI issue d’un milieu modeste, souffrant d’un trouble anxieux généralisé, multiphobique, ayant subi du harcèlement scolaire pendant environ 10 ans, qui a déjà fait des tentatives de suicide et qui est au chômage, tout cela me met très en colère…

J’en ai assez des préjugés, assez de voir ma spécificité neurobiologique être reniée, assez des « Tu devrais t’estimer chanceuse » et autre réflexions complètement à côté de la plaque !

Le surdon est une différence d’architecture cérébrale, avec ses bons et ses mauvais côtés. C’est une réalité biologique au même titre que les troubles du spectre autistique. Ce n’est pas un fantasme de parent égocentré, pas plus qu’un mensonge de suprémacistes blancs !!! Et OUI, cette différence biologique peut parfois nécessiter un accompagnement scolaire différent, tout comme la trisomie 21 ou une forme d’autisme nécessitent une prise en charge spécialisée !

Et ça n’a rien à voir avec l’égalité entre les citoyens !!! L’égalitarisme a pour but de permettre aux gens de tous être respectés et d’avoir les mêmes droits. Ce n’est pas censé être une raboteuse industrielle qui gomme toutes les différences pour normaliser la population ! Nier l’existence du haut QI pour ne pas faire de soit-disant discrimination, c’est aussi contre-productif et stupide que de vouloir couper les jambes de toutes les personnes valides pour que les personnes en fauteuil roulant ne se sentent pas lésées !

Ce n’est pas la différence en elle-même qui est le problème…Le problème, c’est l’inégalité de traitement entre des individus différents !

En ce qui me concerne, j’ai dit à cette auteure ce que je pensais de sa BD, et j’invite tous ceux et celles qui me liraient à faire de même.
Refusons de nous taire ! Réagissons !!!

 

 

Une phobie n’est pas un caprice

Avez-vous jamais vu un de vos amis se mettre à hurler après avoir croisé une minuscule araignée dans sa cuisine ? Avez-vous déjà été témoin de la peur panique d’un proche face à un peu de sang s’échappant d’une coupure ?

Si oui, vous savez alors à quel point les phobies sont irrationnelles et incontrôlables ! Aucune explication, aucune parole rassurante, n’est suffisante pour calmer une personne phobique quand elle est exposée à ce qui la terrorise.

Ce mal est malheureusement très courant, puisqu’on estime qu’entre 5 et 7% de la population en souffre. C’est aussi un mal très diversifié: de la phobie des araignées (arachonophobie) à la phobie de vomir (émétophobie) en passant par celle des éclairs (brontophobie), il existe autant de peurs que de phobiques ! Ce qui ne simplifie pas la tâche des thérapeutes spécialisés dans la prise en charge comportementale du problème…

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Excellent visuel provenant d’un article du Figaro

Plus inquiétant: une phobie peut être l’arbre qui cache la forêt, surtout dans le cas d’un trouble anxieux généralisé. À se focaliser sur le traitement d’une phobie somme toute « mineure », il est possible de passer à côté d’un trouble psychiatrique bien plus profond et lourd de répercussions.

Ajoutez à cela que certaines phobies peuvent être consécutives à un traumatisme (donc très profondément « imprimées » dans le cerveau), et vous obtenez le cocktail parfait pour pourrir la vie de la personne qui en souffre !

Avec tous ces éléments en tête, on pourrait s’attendre à un minimum de compréhension et de bienveillance envers les phobiques de la part des non-phobiques.
Mais il n’en est rien.

Comme la plupart des troubles psychologiques, les phobies font figure de « tare », de maladie honteuse qu’il vaut mieux cacher et taire. Surtout dans notre culture très « intellectualisée », qui considère que les émotions sont quelque chose de parfaitement contrôlable.
Dès la naissance, on attend d’un bébé au système nerveux totalement immature qu’il soit émotionnellement capable de rester calme quand il est dévoré par la faim, parce que « ce n’est pas l’heure de manger« …alors imaginez quelles attentes -déraisonnables- on place sur les épaules d’un adulte, en termes de gestion de ses émotions !

La majorité des gens ignorent comment fonctionne le cerveau, et considèrent donc que les émotions sont une sorte d’ « émanation mystique » qu’on peut choisir de contrôler. Selon eux, avoir peur, être en colère ou déprimé-e-s serait un choix conscient. Et puisque beaucoup d’entre nous sont conditionné-e-s dès l’enfance à étouffer leurs émotions, à grand renfort de compensation et de troubles comportementaux, cela peut paraître réalisable.

Sauf que la réalité est tout autre.

Les émotions jouent un rôle de signal d’alarme, en particulier les émotions désagréables comme la peur et la colère. Les ignorer ne fera que déplacer le problème, car le cerveau cherchera à faire passer le message par tous les moyens possibles. Une peur refoulée a de grandes chances d’engendrer des troubles anxieux, une colère refoulée peut provoquer de l’agressivité incontrôlée…

Malgré cet état de fait scientifique, les émotions qui sont considérées inutiles et honteuses, comme la peur, restent tabou et il est très mal vu de les exprimer ouvertement. Autant dire que pour une personne phobique, c’est une double peine : souffrir de sa phobie et souffrir également du jugement et de l’incompréhension des autres…C’est une situation à la fois fatigante, humiliante et révoltante  !

Une fois n’est pas coutume, cet article m’a été inspiré d’une mésaventure personnelle…qui devrait rappeler des (mauvais) souvenirs à beaucoup de phobiques des piqûres !

Je souffre d’une lourde phobie des hôpitaux et des actes médicaux, qui comprend la phobie de tout acte qui touche les veines : perfusion, cathéter veineux…et prise de sang. Ce qui est un peu contrariant quand il faut faire le moindre bilan sanguin…

Avec le temps, mon appréhension des prises de sang s’est calmée, mais cela reste pour moi un événement angoissant, pendant lequel je me sens horriblement vulnérable et prise au piège. Ma seule envie, dès que j’entre dans un cabinet infirmier, est de mettre les voiles ! Et dès que je suis assise sur le fameux fauteuil matelassé, mes sens cafouillent : ma vue se trouble, mes oreilles bourdonnent, ma peau devient hypersensible et la sensation de piqûre ressemble à un coup de couteau…

Bref, ce n’est pas une partie de plaisir ni un caprice…C’est un trouble que je ne peux pas contrôler !

Si j’avais le pouvoir d’ignorer la peur qui m’envahit, cela ferait bien longtemps que je ne serais plus phobique ! Qui de sensé-e- aurait envie de subir ça si il/elle/iel avait vraiment le choix ?!

Ces dernières années, j’ai eu la chance de souvent tomber sur des infirmières compréhensives, qui m’encouragent et me valorisent au moment de l’acte. De simples phrases comme :  « Vous êtes courageuse » ou « Super ! Vous gérez comme une pro !  » font des miracles sur une personne phobique. Cela permet de se sentir entendu-e-s dans sa peur tout en étant renforcé-e-s positivement. À chaque phrase positive, le cerveau intègre l’événement comme étant partiellement positif : « Chouette, on me fait un compliment ». Ce type de renforcement permet de modifier progressivement la cognition vis à vis de ce genre de situations. Les thérapies EMDR et EMT utilisent notamment ce principe pour prendre en charge le stress post-traumatiques et les phobies. C’est dire à quel point une attitude positive et compréhensive de l’interlocuteur est importante face à une personne phobique.

Malheureusement, ma dernière prise de sang a été l’occasion d’une…piqûre de rappel (ah.ah.) du manque d’empathie de certains soignants.

Dès mon entrée dans la pièce d’examen, accompagnée de mon conjoint, j’ai tout de suite prévenu l’infirmière que j’étais phobique. Loin d’être compatissante, cette dernière m’a gratifiée du bon vieil adage médical : « Oh mais ça va, ça fait pas si maaaaal »…Ce à quoi j’ai répondu que le propre d’une phobie est que cela ne se contrôle pas, et que j’avais vécu des événements traumatiques liés au domaine médical. Gros blanc de sa part, puis elle reprend les banalités d’usage : « Bon, ça va aller vite, respirez bien » et compagnie.

L’acte en lui même m’a paru beaucoup plus long, invasif et douloureux qu’à l’accoutumé, entre l’infirmière qui m’obligeait à parler quand j’aurais voulu du silence, et mon compagnon qui avait du mal à se placer à côté de moi sur la chaise attenante trop étroite.

Lorsqu’enfin, ça a été fini, je me serais attendue au mieux à une parole bienveillante, au pire à un simple « Au revoir ». Au lieu de ça, j’ai en fait eu droit au super-combo psychophobe et sexiste qu’on réserve aux femmes phobiques des piqûres…

« Et vous allez faire quoi, quand vous serez enceinte ??? « 

Ça faisait longtemps qu’on ne me l’avait pas sorti, ce mantra-là…Et je le déteste toujours autant.

Non seulement cette phrase sous-entend que toutes les femmes cisgenres seront forcément confrontées à la grossesse (formatage social et stéréotypes genrés, bonjour !) et stigmatise les femmes transgenres…mais en plus, elle n’aide en rien une femme phobique à se sentir mieux. C’est même tout le contraire !!!

Cette phrase permet peut être de dérider une femme qui trouve juste les piqûres désagréables, car elle arrivera à relativiser et à considérer son (possible) désir d’enfant comme prédominant. Mais pour une femme phobique, cette réflexion est complètement assassine.

Une femme phobique qui ne veut surtout pas avoir d’enfant ne retirera aucun bénéfice à cette phrase, elle se sentira par contre mise sous pression pour se conformer aux normes sociales. Elle pourrait aussi avoir la sensation que sa souffrance psychologique est moins importante que de faire bonne figure socialement, ce qui est aussi désagréable qu’insultant.

Pour une femme phobique qui voudrait un enfant, cette remarque est très anxiogène. Elle met directement en opposition sa phobie et son désir d’enfant, ce qui la met de facto dans une situation douloureuse de choix :

  • Avoir un enfant et être perpétuellement terrorisée par les prises de sang à répétition – sachant que pour une personne atteinte de phobie, la peur paraît à la fois interminable et hors du temps…
  • Ou ne pas avoir d’enfant et souffrir de ce manque en se sentant en plus coupable de la situation ! Car cette pique sous-entend que la femme concernée a le choix d’avoir peur ou non, ce qui n’est pas le cas !

Si la phobie est suffisament puissante, une telle phrase peut suffire à remettre en question tout le processus de désir d’enfant d’une femme.

C’est donc loin, très loin d’être quelque chose de sensé à dire à quelqu’un qui est terrorisé-e par les examens sanguins !

Une phobie n’est pas un caprice. Ce n’est pas quelque chose qu’on choisit, c’est quelque chose qu’on subit !

Et s’il y a effectivement des modes de prise en charge disponibles (thérapie comportementale, EMDR…) une seule séance ne suffit généralement pas. Il est même possible que la prise en charge échoue à faire disparaître totalement la phobie. Ou bien, cette phobie peut être en lien avec une pathologie plus lourde (trouble anxieux généralisé, SSPT) et ne pourra pas être résolue si la pathologie sous-jacente n’est pas traitée.

Ce n’est donc pas un manque de volonté que d’être et de rester phobique !

Et devant une situation qui touche 5 à 7 %  de la population, il serait plus que temps que les formations en soins infirmiers intègrent des modules spécifiques à la prise en charge de patients anxieux…

La culpabilisation et la honte ne sont pas la solution…La bienveillance et l’écoute empathique, si.

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Tu t’en sors très bien, compte tenu de tout ce que tu as dû affronter ❤

(Cliquez ici pour découvrir les illustrations motivantes de The Latest Kate)

Je suis une Mère

Il y a un peu plus d’un an, j’ai écrit ce texte concernant l’hospitalisation d’une de mes filles.

Je ne savais pas à ce moment-là que j’allais la perdre cette année, en septembre…Mais mon message, même a posteriori, reste le même. J’aimerais être capable d’écrire sur ce sujet précis, sur ce deuil invisible qu’est la perte d’un membre de la famille « différent ». Mais pour l’heure, je ne me sens pas prête.

Alors je vous livre ce témoignage de l’an dernier, en attendant que mon cœur brisé soit assez recollé pour se livrer.
Ce texte est dédié à tous les animaux non humains qui partagent, ont partagé et partageront ma vie. Qu’ils soit déjà partis, encore ici, ou à venir, mon cœur est grand ouvert pour eux.

****

Aujourd’hui, je rentre du rendez-vous de vaccination de mes filles avec le cœur lourd. Une de mes filles souffre de problèmes d’hypoglycémie d’origine inexpliquée et doit être hospitalisée quelques jours. Ce n’est pas la première fois qu’elle subit une hospitalisation, mais à chaque fois, j’ai l’impression que mon cœur se déchire au moment même où je la confie à l’infirmière. C’est une douleur infinie, un manque impossible à combler.
Chaque minute sans elle est un moment d’attente interminable.

On me demande souvent si « j’ai des enfants ». Et je ne sais pas quoi répondre.

Qu’est-ce que ça veut dire exactement, « avoir des enfants » ?

Si cela signifie « vivre avec des juvéniles de l’espèce Homo sapiens sapiens issus de préférence de votre propre utérus », alors non, je n’ai pas d’ « enfant ». Il n’y a pas d’humain au stade juvénile dans ma famille.

Si cela signifie « vivre avec un juvénile d’Homo sapiens sapiens adopté ou issu d’une précédente union de votre conjoint », la réponse est la même que la précédente.

Mais si cela signifie « accueillir dans sa famille et élever une jeune créature, l’amener jusqu’à l’âge adulte, l’aider à s’épanouir et l’accompagner toute sa vie », alors oui, j’ai des enfants – des enfants non humains.

Des enfants de toutes les couleurs, de toutes les formes, des grands, des petits, avec des oreilles pointues ou rondes, de grands pieds ou de petites griffes. Et même s’ils n’ont aucun lien de sang avec moi, même s’ils ne sont pas issus de mon corps, ce sont mes enfants.

Ma famille est une famille multispécifique.

Pourtant, qui accepterait cette réponse à la question ?

À part quelques autres « parents de non-humains », il n’y a pas grand monde pour supporter l’idée d’un amour parental envers autre chose qu’un sacro-saint enfant humain.
Ces nombreuses personnes qui m’ont répondu par le passé qu’on ne peut pas comparer un humain et un animal, que l’amour pour un animal n’égalera jamais celui qu’on peut ressentir pour un humain, que la chair de sa chair est incomparable…sont des personnes qui n’ont visiblement jamais aimé un animal non humain. Ou qui l’ont « aimé » comme on aime une possession, un objet de collection, bref une chose sans âme. Ceux là ne méritent pas le titre de « parent », mais celui de négrier leur sied à merveille.

Malheureusement, ces personnes constituent une majorité, ce qui explique que les refuges pour animaux soient chaque jour un peu plus saturés. Abandonner un enfant humain est un crime impardonnable, mais abandonner un enfant non humain est une commodité parfaitement légale.

J’ai toujours été choquée par le spécisme de cette question.

Après tout, quand une personne a des enfants humains dans son foyer, on ne lui demande pas si ce sont bien des enfants de tel ou tel type racial. On ne lui demande pas de se justifier si son enfant humain n’a pas la même couleur de peau (ou alors de manière détournée, mal à l’aise). On ne lui dit pas qu’il est déplacé de comparer un enfant d’une couleur à un enfant d’une autre couleur, et on ose encore moins remettre en question sa relation avec son enfant humain adopté.

Mais quand on a un enfant d’une espèce différente, toutes les réflexions pernicieuses sont permises, de la plus méprisante (« Un animal, c’est tellement inférieur à un bébé ! ») à la plus moqueuse (« Et tu compte sur ton furet pour s’occuper de toi quand tu seras vieille ? »), en passant parfois par la plus répugnante (« T’as b*isé une chienne pour avoir des gosses pareils ?! »).

Mettre le doigt sur les similitudes aveuglantes entre un jeune humain et un jeune non humain, ça dérange.

Pourtant, où est la soit-disant différence fondamentale ?? Le soit-disant « propre de l’Homme » ???

Quand je regarde un bébé humain, tout ce que je vois, c’est un juvénile au système neuro-moteur immature, qui doit être nourri par un tiers, lavé par un tiers, transporté par un tiers, bref qui dépend totalement de quelqu’un d’autre pour survivre et se développer correctement. Quand je regarde un chaton de quelques jours, le constat est le même. Idem pour un oisillon de perroquet. Un chiot. Un caneton de quelques heures. Un souriceau.
J’ai beau observer, je ne vois rien qui constitue une différence de nature.

Même dans leur développement psychologique, les humains n’ont rien de spécial comparé à d’autres espèces de mammifères, ou même d’oiseaux.
Un enfant humain qui ne bénéficie pas de soins parentaux corrects, de tendresse, de contacts sociaux, de règles de vie et d’un cadre adapté deviendra un humain adulte instable. S’il est élevé par une autre espèce, il adoptera les comportements et le mode de communication de l’espèce qui l’a imprégné.

C’est exactement pareil pour un enfant non humain.
Sans sociabilisation, sans cadre, sans tendresse, il deviendra un adulte instable et mal dans sa peau et sa tête. S’il a été élevé par un humain dès la naissance, il se croira humain et toute sa psychologie en sera bouleversée.
Certains en tirent d’ailleurs avantage lorsqu’ils vendent des jeunes oiseaux (souvent des perroquets) arrachés à leurs parents avant même l’éclosion, et élevés à la main par un humain. Ces jeunes enfants n’ont bien souvent jamais vu un adulte de leur véritable espèce quand ils quittent l’élevage pour leur nouveau foyer. Et c’est bien plus tard que leurs nouveaux parents réalisent tous les inconvénients d’un tel procédé, qui prive leur oiseau de sa véritable identité.

Mais cela, les « spécistes de la parentalité » ne veulent pas l’entendre. Peut être par bêtise, par ignorance, mais je pense : surtout par malaise.

Malaise face à ceux qui sont capables d’aimer sans limite une personne si différente d’eux ; là où ces spécistes se contentent bien souvent d’aimer leurs enfants à eux mais n’éprouvent aucun intérêt pour ceux des autres.

Malaise face à quelqu’un qui arrive à communiquer avec un être qui ne comprend pas notre langue ; alors qu’eux ne sont pas capables d’expliquer les choses à leur gamin humain.

Malaise face à une personne capable de se faire obéir et respecter par un chien de 40 kg sans avoir à user de la violence ; alors qu’eux ne sont même pas capables de faire assoir correctement un humain juvénile de 13 kg.

Malaise aussi face à l’amour inconditionnel et désintéressé dont sont capables les « parents de non-humains » malgré toutes les difficultés que cela peut engendrer.

Parce que des difficultés…il y en a beaucoup.

Même si pour ce type de personnes hermétiques au dialogue, ce sont des difficultés moindres que celles apportées par « un enfant, un vrai». Et je ne parle pas des petites difficultés pratiques concernant les vacances ou les modes de transport.

Ma fille, donc, a été hospitalisée aujourd’hui.
Elle n’appartient pas à l’espèce humaine, mais à l’espèce Mustela putorius furo – autrement dit, c’est une furette. Ma fille est un Mustélidé et non un primate comme moi. Contrairement à moi, elle ne se nourrit pas principalement de végétaux, mais de carcasses d’animaux morts que je dois lui fournir jour après jour.
J’ai 4 autres enfants de cette espèce chez moi ; certains étant même plutôt mes petits-enfants et arrière-petits-enfants car ils sont nés chez moi et sont issus de ma fille actuellement hospitalisée. Mais qu’ils soient nés chez un éleveur ou chez moi d’une de mes furettes, tous sont mes enfants à mes yeux.

Les soins que ma fille va devoir subir sont coûteux, pénibles et difficiles d’accès.

À l’heure à laquelle n’importe quel enfant humain diabétique a accès à des injections d’insuline et un suivi par n’importe quel médecin, ma fille ne peut être prise en charge que par un médecin (vétérinaire) spécialisé.

Les techniques de pointe disponibles pour un humain n’existent pas pour ma fille.
Elle ne bénéficiera pas d’une infirmière 2 fois par jour pour une injection d’insuline à domicile. Certaines molécules qui font des miracles pour les humains ne sont pas disponibles pour ma fille.
Les tests de glycémie en bandelette ne sont pas adaptés à son espèce et chaque contrôle nécessite donc une anesthésie générale et une prise de sang artériel. Elle ne bénéficiera pas d’une greffe de tissu, et encore moins d’un essai de pancréas artificiel comme celui actuellement en étude chez les humains.

Là où un enfant humain peut espérer poursuivre sa vie avec une hypoglycémie, les soins de ma fille ne sont que palliatifs et ne font que retarder l’inévitable.
Vous qui me lisez : votre enfant humain diabétique vivra ; mon enfant à moi finira par mourir.

Quelle justice y-a-t’il dans cette situation ? Pourquoi mon enfant plutôt que celui de quelqu’un d’autre ?? En quoi mon enfant mérite-t-il moins de vivre ???

Parlons d’argent aussi, car les spécistes oublient bien souvent cette autre injustice crasse qui existe entre leur parentalité et celle des familles multispécifiques.

Combien coûte un rendez-vous médical pour un humain ? En moyenne 23 Euros si c’est un médecin généraliste qui vous reçoit, le tout remboursé par la sécurité sociale française et les assurances.
Pour ma fille, le moindre rendez-vous coûte 35 Euros, sans aucun remboursement.
Si l’un de mes enfants a besoin d’un rendez-vous en urgence, en pleine nuit, en week end, le jour de l’An, cela me coûtera environ 100 Euros. Toujours sans le moindre remboursement.

Quant aux hospitalisations, deux jours en clinique chiffreront au-delà de 300 Euros ; là où un parent d’enfant humain aurait juste eu à débourser le montant des repas de son gosse.
Comble de la douleur : même la mort d’un de mes enfants est payante. Si les circonstances doivent m’amener à prendre la décision déchirante de mettre fin aux jours d’un de mes petits, il m’en coûtera 90 Euros.

Car même les larmes et la douleur ne semblent pas être un prix assez élevé aux yeux des autres.

Combien d’entre vous, parents d’enfants humains, trouveraient acceptable de devoir payer pour faire « débrancher » votre enfant en état de mort cérébrale ???

Et puis il y a cette autre difficulté, celle que tous les parents d’enfants humains évitent : la non-reconnaissance de nos sentiments envers nos petits, surtout en ce qui concerne le deuil.

Nous avons accueilli un chaton ? Notre chiot est propre ? Notre furette a eu ses propres bébés ? Ce qui nous semble à nous être de grands moments de joie familiale n’ont aucune valeur aux yeux des autres.
Notre bonheur ne peut pas être, car il est trop différent de leur bonheur.
Nos joies n’ont pas le droit d’être de vraies joies, c’est une simili-joie sans intérêt pour la société.

Notre chien est malade ? On nous parle de dépenses financières, on nous demande si ça ne vaudrait pas moins cher d’en acheter un autre, on nous demande directement si on va « le faire piquer ». On nous parle d’un proche malade comme on nous parlerait d’une voiture cassée. Nos doutes, nos inquiétudes, n’ont pas de substance, simplement parce qu’ils ne concernent pas un être humain..

Et lorsque notre enfant, notre ami, notre confident, vient à disparaître, nous sommes priés de bien vouloir nous taire et de « relativiser ».
Là où aucune personne sensible n’oserait dire à un parent en deuil : « C’est pas grave, il te reste 3 autres enfants, faut relativiser !! », on ose nous dire que ce n’est pas si grave et que la vie continue. Une vie sans cet être que nous aimions de tout notre cœur, une vie à le pleurer et à regretter son absence – mais ça, tout le monde s’en fiche totalement.

Le deuil d’un enfant non humain est un deuil invisible.

Dans un monde où la normalité est reine, où tout doit être mesuré et quantifié, où les diktats de bien-pensance sont omniprésents, les familles multispécifiques interrogent et dérangent.

Même si je soutiens totalement les droits à l’IVG, à l’IMG, à la contraception et à l’accouchement sous X, ces libertés fondamentales vont de pair avec une conception de la famille qui ne s’embarrasse pas des invités de dernière minute.
Et encore moins d’invités qui ne seraient pas conformes à un certain cahier des charges.

Encore une fois, je soutiens de manière inconditionnelle le droit à l’IVG et à l’IMG. Une femme n’a pas à subir une grossesse qu’elle refuse de mener à terme. Et une famille qui ne se sent pas capable de devoir s’occuper d’un enfant lourdement handicapé, ou qui estime que sa vie sera fortement compromise, n’a pas à se forcer à mettre cet enfant au monde. L’accueil d’un enfant doit être un acte d’amour désintéressé et tourné vers l’autre.

Et cela vaut aussi pour l’accueil d’un enfant non humain, fut-il déjà adulte au moment de son adoption.
Or, force est de constater qu’il est plus commun de voir des familles avec plusieurs chiens handicapés qu’avec plusieurs enfants humains en fauteuil roulant.
Il est plus courant pour une famille d’adopter un animal malade ou infirme, qu’un enfant humain qui aurait un problème de santé équivalant.
On ne voit quasiment aucun parent demander à adopter un enfant humain paralytique, alors que de nombreuses personnes donnent un foyer à un animal de refuge en charrette roulante, justement pour permettre à cet animal de vivre une existence épanouie malgré son handicap.

Lorsque notre chien, notre chat, notre furet ou même notre perroquet a un problème psychologique, nous voulons croire qu’une solution existe pour l’aider malgré l’absence de psychothérapie adaptée. Nous payons des fortunes à des vétérinaires spécialisés en comportement, nous épluchons la pharmacopée pour trouver un psychotrope compatible.
Dans le même temps, de très nombreux parents d’enfants humains trisomiques 21 ou déficients mentaux les placent en institution, car ils sont dépassés et ne peuvent plus vivre avec leur enfant. Certains ne feront même pas l’effort d’essayer et attendront que la situation devienne intenable pour appeler l’hôpital psychiatrique.

Par ailleurs, la plupart des femmes confrontées à une grossesse non désirée prendront la décision d’avorter, ce qui est totalement légitime. Un invité qu’on ne souhaite pas recevoir est un intrus.
Parallèlement, combien de parents d’enfants non humains racontent avoir trouvé leur petit dans la rue, dans une poubelle ou dans un caniveau ? Ces enfants non plus n’étaient pas invités, pas désirés au départ, mais ont été accueillis malgré tout. Ou bien placés dans une institution en espérant qu’ils trouvent un foyer.

En quoi sommes-nous moins des parents ?

Nous aussi avons le choix d’avoir ou non des enfants : nous pouvons les adopter, nous pouvons ramener chez nous ceux que la vie nous a offerts par surprise, nous pouvons aussi refuser ces enfants lorsque nous arrêtons d’en ramener à la maison ou que nous choisissons de stériliser les animaux qui peuplent déjà nos vies.

Parfois j’ai l’impression que ce don de soi, cette tolérance à la différence et même au handicap, cette capacité à accepter quelqu’un qui n’était pas attendu, tout cela dérange et exaspère.

Une autre de mes filles, qui n’est ni une humaine ni une furette mais une chienne, souffre d’hyperactivité (aussi appelée syndrôme HSHA pour « HyperSensibilité/HyperActivité) – et je peux lire le malaise dans les yeux des personnes spécistes lorsque je parle de sa maladie. Son cas se trouve à la croisée des chemins, entre spécisme et psychophobie.

Pour eux, il s’agit d’une « maladie d’humains » et cela les dérange profondément qu’une autre espèce soit assez proche de nous pour en souffrir aussi. Sans parler de ma tolérance, qui les questionne et les remet en question : eux ne supporteraient pas d’avoir un enfant humain trisomique, alors que je parle en souriant des problèmes psychologiques de ma chienne.
Eux n’auraient pas supporté les séances avec un thérapeute, la kiné, les médicaments, même pour un enfant humain ; alors que je paye sans ciller les séances de comportementalisme et les psychotropes de ma chienne.

Eux l’auraient faite euthanasier. Pas moi.

Et puis il y a cet amour inconditionnel. Aucun spéciste ne l’admettra, mais combien jalousent secrètement l’amour qui soude nos familles ?

Nous sommes d’espèces différentes, et nous arrivons quand même à nous aimer et à communiquer.
Nous nous respectons sans manipulation, sans mensonge, sans autre raison que l’envie de vivre ensemble. Nos enfants non humains ne nous jugent jamais et nous soutiennent inconditionnellement. Et nous parents, nous continuons à les aimer et à les accompagner dans des situations où n’importe quel parent d’enfant humain serait déjà dévasté.

Nous supportons en silence de les voir malades, hospitalisés ou handicapés. Nous faisons nous même les soins infirmiers nécessaires, et nos enfants se laissent aller dans une confiance totale ; alors que le moindre enfant humain de 3 ans hurle dès qu’on lui fait un petit vaccin. Notre travail de parent n’a aucune reconnaissance légale, nos enfants ne sont pas reconnus comme étant les nôtres…et nous continuons malgré tout notre chemin à leurs côtés.

Plus impressionnant encore pour ces gens, nous continuons à adopter des enfants non humains alors même que la douleur de leur perte nous déchire chaque fois un peu plus.
Eux ne tolèreraient plus de voir leurs enfants les quitter à l’âge de 7 ou 8 ans et renonceraient à s’infliger une telle douleur. D’ailleurs, c’est le cas de certaines familles multispécifique – et je comprends totalement.

Pour nous qui vivons presque un siècle, la vie d’un hamster (3 ans), d’un furet (8 ans) ou d’un chien (15 ans) fait figure d’instantané.
Nous battons des cils, et ils sont déjà adultes. Un autre battement de cils, et ils sont partis…Leurs vies sont comme autant d’étoiles filantes qui traversent en un éclair nos interminables existences humaines, pour les illuminer brièvement mais avec une intensité incroyable.

Et même en sachant que ce chemin avec eux se terminera avec un cœur brisé et un océan de larmes, nous souhaitons continuer à donner et à partager cet amour fulgurant.

Comme tout parent, nous sommes avant tout accros à l’amour. Sans lui, quelle raison nous resterait-il d’exister ?

Et je suis bien placée pour en parler : Je suis une mère.

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« Être une mère ne signifie pas être reliée à quelqu’un par le sang. Cela signifie aimer quelqu’un inconditionnellement et de tout son cœur. »

 

Rape Culture: le viol comme compliment

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Trigger Warning: cet article fait état de violences sexuelles, de viol, de harcèlement et de sexisme systémique.

Je précise que dans cet article, je parle précisément des violences sexuelles faites aux femmes; mais les violences sexuelles envers les hommes et les autres genres sont évidemment tout aussi intolérables !!!

 

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Dernièrement, on entend énormément parler de la libération de la parole des victimes de harcèlement sexuel, d’attouchements et de viols. Victimes qui sont dans leur grande majorité des femmes.

Même si je serais très intéressée par l’idée d’approfondir ces problématiques, en parlant notamment des mouvements #BalanceTonPorc et #MeToo, tout ce qui a trait aux violences sexuelles est pour moi un puissant déclencheur de panique. La rédaction de cet article est une épreuve pour moi, et je ne souhaite pas prendre le risque de me sentir encore plus mal.
Si je fais cet effort qui est très difficile pour moi, c’est justement parce que ces sujets doivent être exposés au grand jour si on espère pouvoir se débarrasser, petit à petit, du sexisme qui gangrène notre société.

J’ai donc choisi d’évoquer ces problématiques de manière détournée, au travers de la critique d’un sketch (soit disant) humoristique qui illustre bien à quel point le sexisme et la réification (ou objectification) du corps des femmes sont encore profondément ancrés dans la culture française.

Petit retour sur le contexte…

Un après midi, coincés dans les embouteillages avec mon compagnon, nous allumons l’auto-radio et écoutons Rires et Chansons. De Florence Foresti aux impostures de Lafesse, tout va bien jusqu’à ce qu’arrive un certain Jérôme Commandeur et son sketch « Le week end à l’île d’Yeu« .

Le sketch commence avec les vieux poncifs sur les filles « moches », ce qui m’agace; mais je sais malheureusement que c’est presque inévitable puisque beaucoup d’humoristes se basent sur la caricature…Tant que ça en reste là, je ne sais pas vraiment quoi répondre. D’autant que le comédien enchaîne ensuite sur la caricature de l’accent parisien d’un ami masculin, finalement il ne semble pas tacler exclusivement les femmes.

Je trouve le sketch nul. Mon compagnon et moi discutons de choses et d’autres par-dessus le son de l’auto-radio. Un petit moment de blanc s’installe dans la conversation, et c’est à ce moment que j’entends que le sketch commence à déraper sur le harcèlement:

Y a 10 ans, pour être gentil avec une fille, tu l’emmenais au cinéma, tu lui offrais des fleurs…
Tu connais le romantisme ? Non ?!
Maintenant, le mec de 2001, il fait des vannes avec ses copains, il fait le kéké devant les filles.
Pour draguer une fille, faut lui dire qu’elle a un gros cul ?! » « 
« Ben, si elle le sait pas… »
– « Ta gueule !!!

Je sens mon sang commencer à bouillir: et allez, encore une judicieuse association de « fille » et « cul » dans la même phrase ! Ce n’est pas du tout du déjà-vu, ni même une association insultante ! Les femmes sont des culs sur pattes, c’est la vie !
On devrait inventer un Point Godwin du sexisme, comme le Point Carotte du végéta*isme, qui s’appellerait le « Point Cul », tant il est courant d’associer « femme » et « cul » dans la même rhétorique !

Malheureusement, le mauvais goût de cette référence au harcèlement de rue n’était que le préambule à pire, bien pire:

Il est fou, Jèrôme, avec ses yeux ecarquillés, ses cheveux de chauve, il est fou !!!
Je veux pas dormir avec lui ! »
– « T’inquiète, c’est pas prévu… »
« Il pourrait tous nous violer !« 
– « Pas tout le monde…. Même sous acide, je ferais le tri, je pense
Foutu pour foutu, il se pourrait même que je commence par le clebs ! J’ai jamais fait… »
– « Tu lâches tout, y a plus de retenue… »

Je rappelle un tant soit peu le contexte du sketch…
Plusieurs « amis » hommes et femmes se retrouvent pour passer un week end ensemble dans un logement qu’ils partagent. Certains ne semblent pas se connaître si bien que ça, et une des femmes s’inquiète du risque de se faire agresser par un de ses co-locataire, qui est pour elle un inconnu.

Logiquement, c’est là qu’un homme normal devrait la rassurer, lui dire que c’est totalement hors de propos, voire même lui proposer une chambre à part avec clé, si elle est vraiment trop anxieuse.

Hé bien non.
À la place, la femme en question s’entend répondre qu’elle est trop laide pour qu’on la viole. Ce qui sous-entend que le viol serait lié à la beauté de la victime.

Selon Jérôme Commandeur, le viol serait donc un compliment.

Mon compagnon a dû perdre de l’audition ce jour-là, car je me suis mise à hurler de rage dans la voiture.
Comment, en 2017, peut-on encore faire de l’humour sur quelque chose d’aussi grave que le viol ?!
Alors que 33% des femmes victimes de viol envisagent de se suicider  et que 13%  passent à l’acte, alors que des fillettes sont violées par de vieux pervers qui se croient intouchables à cause de leur célébrité, alors même que la science a démontré que subir des agressions sexuelles modifie négativement et à long terme la structure cérébrale des victimes et leur réponses neurologiques, on trouve encore des gens (principalement des hommes) pour penser que le viol ferait un bon sujet de blague !!!

Mais oui, parce que souffrir de stress post traumatique, de troubles anxieux, faire des attaques de panique, ne plus oser sortir de chez soi, avoir envie de se tuer, ne plus être capable de faire confiance à un autre être humain, ne plus pouvoir avoir de sexualité à cause du dégoût ou à cause de vaginisme psycho-somatique, être dégouté-e à vie par son propre corps, c’est tellement drôle !!!!

Notez aussi au passage la « vanne » sur le chien qui risquerait d’être le premier à se faire agresser…Ou comment faire un combo puant en alliant sexisme et spécisme – car dans notre société, on estime bien souvent qu’agresser sexuellement un animal serait moins grave que de voler un DVD au supermarché.
Parce qu’un animal non humain ne parle pas, parce qu’il est susceptible de se soumettre à l’agression sans chercher à se défendre (en particulier les chiens, qui ont tendance à laisser leur maître leur faire tout et n’importe quoi par soumission) et parce qu’il ne risque pas d’aller voir la police pour porter plainte – comme un enfant victime d’un pédophile, finalement !
Et puis, après tout, il est tout à fait à propos de comparer une femme à un chien…ou plutôt à une chienne. D’ailleurs, le terme anglophone « bitch » (utilisé dans le sens de « p*te ») est à la base un terme cynologique désignant une chienne reproductrice dans un élevage. Son équivalent en français serait « lice« . C’est dire à quel point l’image de la femme a évolué dans nos cultures occidentales: la femme, cette chienne en chaleur toute juste bonne à se faire monter pour engendrer la prochaine génération !!!

Ce sketch n’est malheureusement pas le seul à exploiter les violences sexuelles comme on exploiterait le bon « Quoi d’neuf docteur » de Bugs Bunny.

Et s’il n’est pas le seul, c’est parce que la société dans laquelle nous vivions demeure extrêmement sexiste et phallocratique, basée depuis des siècles sur la domination des femmes par les hommes.
Au cours du temps, les mœurs ont évolué et la condition féminine a, heureusement, progressé: nous avons le droit de posséder un compte en banque et de travailler, nous avons le droit d’avorter légalement (en tous cas en France), nous pouvons voter, des lois existent pour garantir un certain niveau d’égalité sociale
Malgré cela, cette image de la femme comme objet de plaisir et proie des désirs masculins est toujours profondément ancrée dans les cultures occidentales.

Il suffit pour s’en rendre compte de porter attention à la publicité ou au cinéma: le corps féminin continue d’être utilisé comme un argument de vente, les femmes continuent à jouer des rôles secondaires sans intérêt dans de nombreux films, quand elles ne sont pas carrément reléguées au rôle de simple objet de plaisir du héros masculin (cas de la majorité des James Bond, pour ne citer que cette franchise) !
Et que dire des films estampillés « pour femmes » ? Ces soit-disant comédies romantiques sont en réalité des odes au harcèlement, puisque leur ressort scénaristique se borne à un homme qui insiste auprès d’une femme jusqu’à ce qu’elle cède ! Leur influence néfaste sur la psychologie humaine a même été étudiée par une université américaine !

Or à force de voir toujours la même représentation des femmes et des violences qu’elles subissent, partout, en tout temps, cela finit par servir de validation sociale.

Après tout, si les femmes de publicités et de films blockbusters acceptent toutes de coucher en étant en mini-jupe, alors la mini-jupe doit être une autorisation !
Si les femmes de cinéma finissent toutes par se marier avec le harceleur sexuel qui essaie de les violer depuis le début du film, c’est donc que « non veut dire oui » (tiens, un autre Point Godwin du sexisme) !
Et puis, si Hollywood nous a appris un truc, c’est qu’on s’en fout de se faire agresser voire violer, du moment que le mec est beau: la prostituée de « Pretty Woman » couche volontiers avec Edward Lewis (Richard Gere), la réplicante Rachel ne semble pas gênée d’être pratiquement violée par Deckard (Harrison Ford) dans « Blade Runner« …C’est presque comme si la victime devait se sentir privilégiée de se faire agresser par un bellâtre !

Sauf que non, la vie ne fonctionne pas comme ça.

Un attouchement sexuel, un viol, ou même une simple remarque d’un inconnu sur nos seins ou nos fesses, tout ça ne constitue pas un compliment ou un privilège. C’est une agression.
Et dans le cas d’un viol, c’est un crime qui détruit psychologiquement la victime !

Replaçons ça dans un autre contexte, avec un autre type de violences: est-ce qu’on peut considérer que blesser quelqu’un avec un couteau pour attirer son attention est un compliment ?
Est-ce que balancer des shuriken à la tronche d’un passant est un compliment ? Est-ce que sortir un flingue pour exploser la tête de quelqu’un qu’on juge « belle/beau » est un compliment ???
Non ?!

Pourtant, une énième remarque sexiste sur ses jambes ou sa « baisabilité » est aussi blessant qu’un coup de couteau. Se faire toucher des endroits intimes contre son gré blesse autant, voire plus, que de se prendre des shuriken plein le corps. Se faire violer détruit autant la vie qu’une balle dans la tête.

Les mots, les mains, le pénis…cela fait des siècles que la société considère normal que les hommes utilisent ces attributs comme des armes.

Et la représentation qui est faite des femmes dans la culture (cinéma, publicité, Arts, littérature…et spectacles humoristiques) ne fait que valider ces comportements, encore et toujours !!!

Les avancées de l’anti-raciste, de l’anti-homophobie et des autres luttes sociales ont trouvé un écho dans les représentations culturelles, petit à petit. Tout n’est pas parfait, mais les condamnations dont ont écopé certains animateurs dernièrement montre que la lutte avance.
Mais la situation des femmes semble rester désespérément au même point qu’hier, comme si le fait d’avoir obtenu le droit de vote et l’accès à l’IVG étaient suffisants pour oublier toutes les autres formes de persécutions dont est victime la gent féminine. Comme s’il n’était pas grave de se faire agresser du moment qu’on peut avorter ou travailler !

Cet état de fait constitue le ciment de ce qu’on appelle la culture du viol (rape culture).

Ce phénomène sociologique bien connu des féministes décrit un environnement dans lequel le viol envers les femmes est excusé, voire même accepté; avec tout l’arsenal de justifications et de déni qui va avec:

  • Responsabilisation de la victime: « c’est elle qui l’a cherché« 
  • Male gaze (c’est à dire l’idée que la femme n’existe que pour être regardée par l’homme): « elle était habillée comme une p*te« , « mets-toi un pantalon si tu veux pas me chauffer« 
  • Slut shaming (humilier une femme sur sa sexualité et en tirer des conclusions): « elle couche avec plein de types, alors pourquoi pas moi« 
  • Rhétorique du Nice guy (chaque homme pris à part dit ne pas se sentir concerné par le problème): « je suis pas un de ces types-là, moi« 
  • Tournures de phrases qui minimisent la gravité des violences sexuelles: « Calvaire charnel » au lieu de « viol », « caresses » pour parler d’attouchements non consentis
  • Éducation sexiste: on apprend aux filles à avoir peur des hommes, au lieu d’apprendre aux garçons à ne pas violer les femmes

Cette réalité sociologique est malheureusement en place depuis des siècles, si bien que de très nombreux hommes, même les plus gentils et les plus inoffensifs, n’ont pas conscience de ce qui se joue juste à côté d’eux.

Pour citer un exemple personnel, mon compagnon ne comprenait toujours pas pourquoi les femmes victimes de viol ne portaient pas toutes plainte, jusqu’à ce que je lui montre un article de presse sur une femme moquée par la police lors du dépôt de plainte. À leurs yeux, sa jupe et son chemisier équivalaient à un consentement.
La réaction outrée de mon compagnon n’a pas tardé: « Mais…C’est honteux !!!! C’est ELLE la victime, on s’en fout de comment elle était habillée !!!! C’est n’importe quoi !! »

Malgré toute sa bonne volonté et son respect envers tous les genres et toutes les orientations, mon compagnon ignorait tout de cet état de fait; et il continue encore à être choqué par ce qu’il découvre au fil des ans concernant la culture du viol…

Face à cette situation, il ne va désormais rester qu’une solution: sortir du silence !

Il faut se montrer intransigeantes, exiger un changement des lois pour une prise en charge plus sévère des agressions sexuelles et du harcèlement de rue, et surtout: ne rien laisser passer, plus jamais !!!

Non, s’entendre dire « hé mamzelle, t’es trop charmante » par un inconnu dans la rue n’est pas un compliment.
Non, la manière dont on s’habille n’a pas valeur de consentement.
Non, ce n’est pas parce qu’un type est soit-disant « beau » qu’on a forcément envie qu’il nous touche.
Non, on n’a pas à se justifier de sa tenue ou de son comportement quand on est victime d’agression sexuelle.
Non, ce n’est pas notre faute.

Alors à toutes celles qui ont vécu harcèlement, attouchement voire viol, continuez à dénoncer, à porter plainte, à faire connaître votre situation !

Quant aux hommes…Cessez de faire l’autruche et venez vous battre contre le sexisme à nos côtés ! Car ce combat que nous menons en tant que femmes est celui de vos mères, de vos épouses, de vos sœurs, de vos filles…

Bref, c’est aussi le vôtre !!!

feminism-men-women

Hypocrisie neuro-typique

Si vous regardez un peu la télévision, ne serait-ce qu’une heure par jour, vous avez peut être vu cette publicité pour une banque.

Une publicité qui prétend que personne n’aime ce qui est « moyen« , que la « moyenne » n’est pas attirante ni intéressante. Bref cette publicité joue sur un (soit disant) attrait de l’originalité, de l’inédit. Ce n’est pas la première annonce publicitaire à utiliser cet argument, un spot télévisé pour les voitures Mini Cooper le faisaient déjà il y a 4 ans.

Le message est clair: si vous ne voulez pas être une personne banale et ennuyeuse de normalité, utilisez nos services, achetez nos merdes ! Soyez différent-e-s, c’est tellement mieux que d’être comme le voisin !

En tant que neuro-atypique ayant vécu d’interminables années d’ostracisme, le message de telles publicités me fait beaucoup rire – jaune, s’entend.

Car s’il y a une chose que l’expérience de la vie m’a apprise, c’est que les neuro-typiques et normo-pensants n’aspirent en réalité qu’à la normalité la plus banale possible.

La moindre différence est pour eux un défaut de conformité qu’il est urgent au mieux de corriger, au pire de détruire par tous les moyens possibles.

Même quand ils prétendent vouloir se démarquer des « autres », cela reste toujours dans un cadre très défini, contrôlé et perçu comme socialement acceptable. Toute différence non souhaitée qui ne répondrait pas à ces critères sera cachée, niée, compensée. Hors de question de s’affirmer à contre courant ! Être original-e, oui, mais seulement si l’originalité en question est en fait dans la « norme acceptable d’originalité » !
Lorsque la différence touche une autre personne, c’est encore pire : tout est bon pour se rassurer sur sa propre normalité. Les insultes, le harcèlement, les moqueries, la mise à l’écart, voire les violences physiques, chacun a sa petite recette pour tenir à distance ce répugnant écart à la norme.
Cette constante est observable pour toutes les différences, qu’il s’agisse de couleur de peau, de silhouette, d’orientation sexuelle, de neuro-diversité ou d’habitudes alimentaires. La peur de la différence est le terreau commun de toutes les discriminations et injustices sociales.

Il y a évidemment des raisons naturelles à cet état de fait, ce n’est pas un simple hasard.

Pour une espèce grégaire comme Homo sapiens, la cohésion sociale est un atout de survie. La différence est donc naturellement perçue comme une menace potentielle pouvant affecter la survie du groupe tout entier. Cela s’applique d’ailleurs aussi aux stimuli inconnus (odeurs, sons, aliments), on parle de néophobie.
Cette stratégie de survie est commune à beaucoup d’autres espèces animales. Elle explique notamment pourquoi des espèces aussi différentes que le hamster doré, le chat domestique ou la perruche ondulée sont toutes susceptibles de tuer à la naissance ou d’abandonner un juvénile qui présenterait un « défaut »: albinisme ou autre mutation de couleur, malformation congénitale, « cul de portée » (bébé plus petit que le reste de la niché)…Le but de la manœuvre est de maximiser les chances de survie de ceux qui sont perçus comme normaux, puisqu’ils constituent de toute façon la majorité des représentants de l’espèce.

Pourtant, d’autres espèces animales se distinguent très nettement par un altruisme et une cohésion sociale remarquables: les Cétacés et les éléphants…et nos cousins Hominidés.
C’est dans ces espèces qu’on a observé le plus de prise en charge de congénères malades et/ou handicapés, les meilleurs taux de survie d’individus « anormaux » ( de nombreux cas de cétacés albinos adultes ont été observés en nature) ainsi qu’une quasi-absence de rejet social des différences. Des malformations congénitales ou une couleur inhabituelle de peau/fourrure ne semblent pas être des critères de discrimination aux yeux de ces espèces.

Qu’est-ce qui a dérapé dans l’histoire de notre lignée pour que nous, Homo sapiens, ayons oublié cet altruisme que nos cousins gorilles et orang-outangs appliquent toujours au quotidien ?

D’aucun dira que nous n’avons pas oublié cet altruisme, et que nos lois contre la discrimination en attestent. Or je vois plutôt ça dans l’autre sens : si nous étions vraiment capables de faire preuve d’une tolérance parfaite, nous n’aurions pas besoin de lois pour punir l’intolérance ! Les gens n’auraient pas besoin de la menace d’une plainte en justice pour éviter les propos racistes, homophobes ou sexistes – le simple respect suffirait à les dissuader même d’y penser. Mais ce n’est pas le cas.

Peut être que la raison tient à la manière dont est organisée notre modèle de société moderne : la cohabitation forcée d’innombrables groupes tribaux (familles) qui n’ont souvent que peu en commun, à part la grande constante de tous marcher au même pas dans la même direction. Dès lors, le besoin d’appartenance sociale est d’autant plus important que chaque personne prise indépendamment se sent minuscule dans cet ensemble de plusieurs dizaines de millions de congénères. Ce n’est que mon hypothèse personnelle.

Toujours est-il que l’humain lambda, normo-pensant, dans la moyenne, est un être profondément intolérant qui excècre l’originalité.

Votre silhouette est moins mince que la sienne ? Vous êtes trop bête pour savoir quoi et quand manger. Vous êtes roux-sse ? Vous sentez mauvais et vous êtes, paraît-il, moche. Vous êtes surdoué-e ? Vous êtes un génie chiant et prétentieux que votre interlocuteur admire et hait en même temps.

Les stéréotypes négatifs sont ramenés sur le devant de la scène et tendus, tel un bouclier, par le neuro-typique comme une protection contre cette réalité insupportable : il est banalement ordinaire, et vous non.

C’est là toute l’hypocrisie neuro-typique : se rattacher désespérément à la norme comme à un fil conducteur de l’identité, tout en regrettant secrètement de ne pas être différent. Alors même que la plupart des normo-pensants ne se sentent pas capables d’affirmer leurs différences quand ils en ont.

J’en veux pour preuve le communautarisme très puissant qui entoure toutes les grandes différences identitaires : homosexualité, transgenrisme, religion…Les gens finissent toujours par se retrouver entre eux en recréant un nouveau groupe dans lequel leur différence constitue une nouvelle norme.

Je ne vais pas mentir, j’ai aussi cette tendance à vouloir rencontrer des gens « comme moi » :  zèbres, geeks, gamers…La différence est que je ne le fais pas par intolérance ; je le fais par simple plaisir de rencontrer d’autres personnes différentes.

Et je pense sincèrement que si le plaisir de la rencontre dominait un peu plus souvent les rapports sociaux, l’humanité serait plus agréable à vivre…

Pour les autres, qui ne se contenteraient pas de ce plaisir…Vous pouvez toujours emprunter de l’argent à Boursorama pour vous acheter une Mini Cooper…

À défaut de vous acheter une identité…

 

L’ineffable monstruosité de l’Ego

Albert Einstein avait coutume de dire: « L’égo est égal à 1 divisé par la somme de vos connaissances. Plus vous avez de connaissances, moins votre égo est fort. Moins vous avez de connaissances, plus votre égo est fort« .

Il avait raison, sur ce point comme sur beaucoup d’autres.

Car s’il y a une chose, une seule, qu’on pourrait retenir pour définir l’espèce humaine, c’est bien cet égo surdimensionné dont dispose la (quasi) totalité de ses membres. Qu’il s’agisse d’opinions, de désirs ou d’échanges sociaux, le mot d’ordre est au « MOI MOI MOI« .
Avant de se forger une opinion, la majorité des gens préfèrent se conformer à ses petites idées reçues plutôt que de se confronter à des faits objectifs. Dès lors qu’il s’agit de désirs (matériels, charnels, peu importe), seuls comptent les motivations et l’intensité de l’envie du « désireur« .

Quant aux relations sociales, elles sont le plus souvent motivées par cette question: « Qu’est-ce que j’y gagne ? »
Il suffit pour s’en convaincre de porter l’oreille (ou l’œil, pour les échanges internet) à ce qui se dit en période de lutte sociale: les hommes se plaignent que tel droit accordé (enfin !) aux femmes va les déposséder, paraît-il, de leurs privilèges masculins chéris. Les homophobes sont outragés que les homosexuels puissent prétendre à partager leurs droits au mariage – alors même que le mariage est censé être une liberté accessible à toute personne majeure…Dans le cas des luttes anti-spécistes, le camp des anthropocentristes se fait toujours une joie de contester chaque (toute) petite victoire contre l’exploitation animale, en y opposant systématiquement des arguments délirants: « et si vous vous occupiez des humains ?!« , « il y a plus urgent, nous aussi on a des problèmes« , « on commence par protéger les animaux et ensuite on en vient à tuer des handicapés« …
Cette liste pourrait se poursuivre indéfiniment, tant l’espèce humaine est par nature égoïste, auto-centrée et incapable de se remettre en question.

Toute l’espèce humaine ? Vraiment ?

Non, car comme dans Astérix, de petits noyaux résistent encore et toujours à l’envahisseur égocentré: constitués bien souvent de zèbres, de zététiciens et de personnes impliquées dans la lutte égalitariste, ces petits noyaux cherchent désespérément à survivre, envers et contre tout, pour pouvoir faire passer leur message: sortons des combats d’égos et pensons de manière plus critique, même si ça nous amène à reconnaître nos torts.

Malheureusement, face à la bêtise crasse et à la mauvaise fois, ce message ne passe pratiquement pas. Pire encore: nous savons aujourd’hui grâce aux neurosciences que le cerveau lui-même est conçu pour rejeter toute donnée qui ne s’inscrirait pas dans sa construction individuelle du monde.
Est-ce une fatalité ? Aux vues des comportements individuels de nombreuses personnes, on peut finir par le croire. Pourtant, l’esprit critique, la capacité à se remettre en question et l’auto-critique sont des compétences qui s’acquièrent et se travaillent !
Seulement, pour acquérir ces capacités, encore faut-il accepter de pouvoir avoir tort…et là, revoilà ce bon vieil égo surdimensionné qui n’accepte aucune critique !

Tout cela ne serait finalement pas si grave si ces combats de coqs entre égos ne faisaient pas des victimes au passage.

Je pourrais parler des inégalités humaines, qui proviennent principalement de refus de changer l’opinion qu’on se fait d’autrui. Mais j’ai décidé aujourd’hui de prendre un exemple auquel j’ai souvent été confrontée: celui de la maintenance des animaux de compagnie, d’autant que je pense qu’il est particulièrement significatif à la fois de l’égoïsme des gens.

Pour de nombreux animaux de compagnie, les solutions modernes de nutrition posent problèmes: chez les chats et les furets, chez les perroquets, chez de nombreux poissons, chez les chinchillas…Nombre d’animaux vendus couramment en France sont nourris avec des aliments industriels qui ne sont, en réalité, pas adaptés à leur métabolisme. La raison est surtout commerciale: suite à l’effet de mode d’acheter tel ou tel animal, les entreprises de pet food ont dû réagir vite pour ne pas laisser filer le client.
Dans le cas des furets, par exemple, les fabricants ont mis au point le plus rapidement possible des croquettes soit-disant adaptées, afin de pouvoir garder la main sur les achats des nouveaux acquéreurs de furets. Quand on sait qu’aux USA comme en France, les croquettes pour furets les plus vendues sont fabriquées par la même holding que celle qui possède les élevages de masse (Marshall aux USA, HamiForm en France), on comprend aisément le bon coup marketing que représente la mise sur le marché d’un aliment: au sein d’une même animalerie, on peut vendre à la fois l’animal, le paquet de croquettes et la cage !

Or, pour reprendre l’exemple des furets, on sait depuis une dizaine d’années aux USA, et depuis 5 ans en France (pour ceux qui ne se renseignent que dans les sources francophones), que ces aliments sont en réalité excessivement néfastes et augmentent de manière significative le risque de tumeurs malignes du pancréas (insulinome). Aux États Unis, cette maladie est une des deux principales causes de mortalité du furet, bien avant la vieillesse; alors qu’il s’agit en majorité d’une maladie de mauvaise maintenance. Donc, une maladie qui pourrait être évitée dans une grande partie des cas, en ayant recours à une meilleure alimentation (proies, recettes maison).

Mais c’est ici qu’intervient, malheureusement, une bataille d’égo particulièrement monstrueuse.

D’un côté, ceux qui choisissent l’alimentation fraîche et carnée, principalement suite à une réflexion approfondie et une recherche de faits vétérinaires avérés. Ceux-là gardent en tête l’intérêt de l’animal par rapport à leur propre intérêt, même si cela signifie passer du temps en cuisine et avoir des proies congelées à la maison.

Et de l’autre, les partisans du « tout croquettes », qui sont avant tout motivés par leurs intérêts: ne pas se prendre la tête, ne pas « perdre » de temps à préparer les aliments, ne pas réfléchir. S’il y a un furet sur le paquet, c’est qu’il n’y a pas de question à se poser. MES intérêts, MON emploi du temps, MES décisions, MOI MOI MOI.
Le choix des croquettes, alors même qu’il existe aujourd’hui toutes les preuves nécessaires pour condamner cette alimentation, est un choix égoïste.

Le pire dans tout cela est que lorsque des personnes plus éclairées essayent d’éveiller les consciences des « pro-croquettes », la discussion devient rapidement un combat d’égos sans aucune issue heureuse possible.
L’un des interlocuteurs parle de santé, de bien être animal, de faits scientifiques, bref de données logiques et rationnelles. L’autre se sent alors accusé et pris en faute, il réagit comme face à une agression, sans se remettre en question une seule seconde.
Tous les angles d’attaque sont bons pour essayer de discréditer l’interlocuteur plus cultivé: sa situation professionnelle, son âge, le nombre de furets qu’il/elle possède (alors qu’on peut très bien être spécialiste en santé animale sans avoir d’animal chez soi), voire son sexe ou sa nationalité…L’essentiel est de ne surtout pas remettre en question ses convictions. Car alors, cela sous-entendrait que l’on s’est mal renseigné-e-s, qu’on n’est pas allé-e-s assez au bout de sa réflexion et qu’on a pu se tromper. Et ça, c’est insupportable: mieux vaut prendre le risque d’avoir un furet malade que de reconnaître qu’on a pu se tromper !!!!

C’est ainsi que des millions de furets meurent chaque année d’un insulinome provoqué par une alimentation aux croquettes: parce que leur propriétaire n’a pas voulu remettre en question ses petites certitudes et a préféré jouer la vie de son animal à la roulette russe.

On pourrait se dire qu’il s’agit exclusivement d’une problématique liée aux animaux, que ce serait différent avec un enfant par exemple.

Or il n’en est rien. J’en veux pour preuve la récente recrudescence de maladies pourtant bien maîtrisées jusqu’à présent par des campagnes de vaccination: rougeole, tétanos, tuberculose… La raison est, là encore, une guerre d’égos livrée par des parents anti-vaccin contre les autorités médicales.

Si on met de côté la question de l’innocuité de certains vaccins très récents, on ne peut nier que la vaccination a permis un recul considérable de nombreuses maladies infectieuses: les données scientifiques sont absolument formelles, et facilement vérifiables auprès des observatoires épidémiologiques.

Cela ne semble cependant pas suffire pour les plus farouches « antivax », qui préfèrent faire prendre le risque à leur enfant de décéder de la rougeole plutôt que de reconnaître qu’ils ne comprennent pas les mécanismes immunitaires.
Il suffit de lire n’importe quel site internet new age et anti-vaccin pour se rendre compte que les plus grands défenseurs de cette tendance n’ont aucune connaissance en immunologie, ni même en biologie de manière générale. Dès lors, devoir répondre aux arguments scientifiques existants signifierait devoir reconnaître qu’on ne comprend rien à ces arguments, qu’on ne sait même pas ce qu’est un anticorps ou un lymphocyte, et qu’on peut donc se tromper.

C’est là que l’égo surdimensionné, vexé à l’idée de ne pas être tout-puissant, sort de son trou pour transformer son propriétaire en un abruti incapable de réflexion: les arguments rationnels sont ignorés, des contre-arguments inventés de toutes pièces fusent de nulle part, l’interlocuteur est interrogé pour chercher une faille…Avoir tort ? Ce serait impensable !!!
En bref, tout est bon pour ne pas avoir à revoir son jugement. L’honneur, ou plutôt l’égo, du parent « antivax » est sauf, il peut continuer à dormir sur ses deux oreilles ! Du moins, tant que son enfant ne contracte pas le tétanos en jouant dans le jardin…

Voilà en quoi consiste l’ineffable monstruosité de l’égo.

C’est un mécanisme psychique qui pousse son propriétaire à prendre en otage autrui plutôt que de se remettre en question.

Quitte à rendre l’otage malade par refus d’alimentation et de soins appropriés.
Quitte à le mutiler inutilement (tonsillectomie, adénoïdectomie, ablation des glandes anales du furet…).
Quitte à rendre sa vie infernale en le maltraitant, plutôt que de reconnaître que la triade « coups, hurlements et privation de nourriture » n’est pas une méthode éducative acceptable.
Quitte à l’envoyer à la mort, purement et simplement.

Et si mort il y a, là encore, l’égo du fautif saura le garder dans le droit chemin de ses pensées à grands renforts de plaintes, d’accusation et d’attaque en justice d’un tiers.

On ne va tout de même pas en arriver à apprendre de ses erreurs !…n’est-ce pas ?